Pourquoi la Blockchain sera bien plus importante que le bitcoin

Hackathon-Blockchain-Money2020Tout le monde connait aujourd’hui le bitcoin. Ce n’est pourtant que la partie émergée d’une véritable technologie de rupture, blockchain. Cette nouvelle architecture informatique totalement décentralisée et réputée incassable pourrait bien bouleverser notre quotidien.

Blockchain, star de la conférence Money2020

La conférence Money2020 qui vient d’avoir lieu à Las Vegas a consacré non pas un système de paiement mobile, une banque ou une institution financière, mais une technologie, blockchain. Il s’agit de l’architecture « peer to peer » qui a été conçue à l’origine pour échanger des bitcoins. Celle-ci, totalement décentralisée et « incassable », a potentiellement bien d’autres applications possibles. Dernière illustration en date, le Nasdaq qui a profité de cette conférence pour dévoiler Linq, une plateforme boursière de nouvelle génération qui s’appuie sur blockchain.  » Celle-ci permet l’émission et l’échange de titres de sociétés sur une blockchain » détaille Eric Larchevèque, fondateur de la maison du bitcoin à Paris et PDG de Ledger, une société qui propose des portefeuilles bitcoin sous forme de clés USB. « Blockchain apporte une résistance totale à toute forme de manipulation ou de censure tout en garantissant une auditabilité jusqu’à présent impossible à atteindre » ajoute l’expert. « L’utilisation d’une blockchain permettra de faciliter et accélérer le clearing financier, l’horodatage et la certification de registres de propriétés ou de titres fonciers, l’exécution de contrats dans le cloud entre machines. »

Les capital-risqueurs commencent à miser sur cette technologie de rupture

Investisseurs et institutions financières s’intéressent désormais de près à cette technologie née dans la communauté bitcoin. Lors de Money2020, la barre du milliard de dollars levé par les startups bitcoin et blockchain a été franchie. Orange Digital Ventures a notamment participé à une levée de fond record dans la communauté blockchain avec 30 millions de dollars levés par l’américain Chain, aux côtés de Visa, Nasdaq et Citi Ventures. De son côté, le français Paymium a reçu 1 million d’euros  de Newfund et Kima Ventures, le fonds de Xavier Niel. Pierre Noizat, le fondateur de Paymium pointe pourquoi blockchain va représenter, selon lui, une rupture technologique pour de multiples secteurs d’activité : « Pour établir l’identité numérique d’une personne, ce que fait aujourd’hui une agence bancaire, par exemple, c’est numériser sa carte d’identité, son passeport, un justificatif de domicile. Elle peut ensuite se porter garante de l’identité numérique de son client. Avec blockchain, le client peut directement charger ces documents cryptés sur un système de stockage décentralisé de type BitTorrent et placer la clé privée de chiffrement dans blockchain. Dès lors, on établit une correspondance irréfutable entre des documents et une signature électronique. » A tout moment l’identité de la personne qui signe une transaction avec cette clé privée peut être démontrée sans avoir recours à une autorité centrale, quelle soit étatique, financière ou commerciale comme Facebook ou Google. « Même s’il y a quelques contre-exemples qui se comptent sur les doigts d’une main, 9 fois sur 10, ce sont les entreprises américaines qui dominent ces systèmes centralisés » souligne Pierre Noizat. « Blockchain, c’est l’opportunité de repartir à la fois sur de nouvelles bases Open Source, mais aussi plus équitables d’un point de vue économique, sans intermédiaire entre le prestataire d’un service et son client. »

NasdaqDe fait, de multiples projets sont lancés sur ce nouveau paradigme. Plusieurs réseaux sociaux décentralisés cherchent a émerger et, beaucoup plus sérieusement, les grandes banques d’investissement, à l’image de Goldman Sachs, JP Morgan et Crédit Suisse participent à une alliance qui vise à définir des standards communs pour exploiter blockchain dans l’émission de titres de créances négociables. Les applications potentielles sont nombreuses dans le domaine des données de santé ou même de l’éducation. Dernièrement, la Holberton School de San Francisco a fait le choix de certifier l’authenticité des diplômes d’ingénieurs qu’elle va décerner avec blockchain.

De la simple identité numérique aux agents économiques autonomes

L’infrastructure blockchain permet de gérer une identité numérique de manière fiable et gratuite. Clés d’hôtel, cartes d’accès en entreprise, vote électronique et peut-être un jour passeports numériques, cette identité numérique infalsifiable pourra avoir de nombreuses applications dans notre futur proche. Ce devrait être la première vague des applications de blockchain à apparaitre auprès du grand public après le bitcoin.

Avec blockchain, plus de doute possible sur la propriété intellectuelle d’un nom de marque, d’un logo ou d’une photo. Ce registre inviolable peut démontrer de manière irréfutable qui est le véritable propriétaire et c’est ce qui a poussé le Honduras à se tourner vers Factom et Epigraph , deux entreprises américaines spécialisées dans blockchain, afin de sécuriser le cadastre du pays. Celui-ci était fréquemment falsifié par des fonctionnaires corrompus afin de servir les intérêts des uns ou des autres, notamment dans l’attribution de très lucratifs droits miniers. L’objectif est de basculer ce registre cadastral sur blockchain dès 2016 et éviter à l’avenir toute possibilité de falsification.

Pour Stéphane Traumat, fondateur de Blockchain Inspector, un logiciel de monitoring des transactions blockchains, l’étape suivante sera la dématérialisation du contrat. Un sujet sur lequel les équipes de recherche d’IBM sont déjà à l’œuvre. Plus besoin de passer par un notaire, ou même de signer un justificatif pour un virement bancaire ou une autorisation de prélèvement, tout pourra être assuré sur blockchain. Les conséquences sur notre quotidien pourraient être étonnantes: « Des machines vont pouvoir passer des contrats entres-elles » explique Stéphane Traumat. « Imaginez que vous chargiez votre drone d’aller chercher pour vous un coli à la Poste. Comme celle-ci est relativement éloignée, votre drone va devoir se poser en chemin pour se recharger. Il va alors négocier un contrat d’achat d’électricité avec un point de recharge de manière totalement automatique. » Des machines capables de communiquer entre elles et signer des contrats pour assurer la mission que vous leur avez confiée, ce pourrait bien devenir banal à l’heure de l’internet des objets.

SkynetL’étape ultime, ce sera celle des « agents économiques autonomes ». A supposer que, dans quelques années, la voiture autonome soit chose courante, vous voulez devenir entrepreneur et gagner de l’argent en mettant votre voiture à disposition d’Uber. Vous pourrez créer votre entreprise en l’enregistrant dans le blockchain de l’état, puis verser quelques dizaines de bitcoins à Tesla comme première mensualité. Inscrite sur Uber, votre voiture autonome va alors commencer ses activités, encaisser les courses, régler elle-même ses recharges d’électricité, les mensualités du crédit et vous reverser automatiquement ses bénéfices. « Blockchain peut gérer l’ensemble des interactions entre humain et machines ainsi qu’entre machines sur le principe du contrat. Un tel agent pourra fonctionner de manière totalement autonome grâce à blockchain » s’enthousiasme Stéphane Traumat. Cette notion d’agents économiques autonomes n’est pas nouvelle mais, en s’appuyant sur un système de confiance de type blockchain, elle pourrait bien révolutionner de multiples secteurs d’activité, à commencer par la banque, les assurances, notamment les systèmes d’assurance santé. Dès lors que les objets connectés pourront à leur tour « signer » des contrats avec des humains ou d’autres machines, c’est un tout autre type de société qui nous attend !

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