Christophe Rauturier, PSA : « Nous avons déjà 1,5 million de véhicules connectés sur la route »

Christophe Rauturier, PSAChristophe Rauturier, directeur des systèmes d’information Services, Pièces, Client et Digital chez PSA évoque l’essor de la voiture connectés au sein des marques du groupe. Car si les constructeurs allemands ou américains communiquent beaucoup sur ce thème, PSA est loin d’être resté inactif sur la question. Avec son système « Peugeot Connect » ou « Citroën eTouch », le français a déja équipé 1,5 million de véhicules d’une carte SIM enfouie. Le système d’appel d’urgence du français, qui fonctionne pas simple envoi de SMS est un premier pas avant la généralisation de la voiture connectée.

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Les 208, 308 et la 508 disposent désormais d’écrans tactiles pouvant exécuter des « apps ».

Où en est aujourd’hui PSA par rapport à ce que l’on appelle la voiture connecté ?

Christophe Rauturier : « Le véhicule connecté est une réalité. Dès que le système d’infotainment est connecté à Internet rend le véhicule connecté. Depuis 2003, PSA a vendu 1,5 million de véhicules connectés qui sont aujourd’hui sur la route avec une carte SIM enfouie, lorsque le client a acheté l’option d’appel d’urgence. C’est un système qui se déclenche lorsque les airbags se déploient à l’occasion d’un accident. Un appel automatique est transmis auprès d’un assistant routier, qui rappelle alors le conducteur dans le véhicule, engager un dialogue et, s’il n’y a pas de réponse, envoyer les secours sur place grâce à la géolocalisation qui est remontée au central. C’est ce type de service qui a fait le succès de OnStar de General Motors aux Etats-Unis. C’est un service phare et General Motors est le seul constructeur à ce stade, à avoir commercialisé son offre auprès de 6 millions de clients.
C’est la forme la plus simple de connectivité puisque c’est un simple SMS qui est transmis, mais c’est un système qui a déjà sauvé des vies et écouter un client qui a vécu ce type d’événement, le mot « User Experience » prend tout son sens. »

Quel business model pour le véhicule connecté ?

L'architecture de communication Qeo de PSA, réalisé en collaboration avec Technicolor et Magneti Marelli.

L’architecture de communication Qeo de PSA, réalisé en collaboration avec Technicolor et Magneti Marelli.

Projet en collaboration avec Technicolor et Magneti Marelli

CR :  » La question des business model est clé pour les véhicules connectés. Nous avons des offres de services B2B que nous fournissons aux gestionnaires de parcs de véhicules. Pour les entreprises qui acquièrent un parc Peugeot/Citroën, on va fournir un outil qui va exploiter les données qui remontent des véhicules pour optimiser l’usage de son parc. C’est un moyen de faire des économies. On innove sur ce marché aussi avec ce que l’on a baptisé le Share your fleet, l’autopartage appliqué à l’entreprise. Plutôt que de prendre un véhicule pour se déplacer vers un autre site puis revenir avec, je laisse le véhicule disponible sur le site, et je peux reprendre un autre véhicule lorsque je dois repartir. C’est un peu le concept de l’Autolib appliqué aux véhicules d’entreprise et pour faire cela il faut de la connectivité. C’est une offre qui est déjà commercialisée auprès des entreprises, notamment en Allemagne et on est typiquement dans la recherche de valeur, dans l’optimisation des usages, la baisse des coûts de l’automobile. »

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PSA prépare pour 2019/2020 Smart Antenna, un projet de box internet pour tous les terminaux numériques du véhicule.

Est-ce que cela ouvre la voie notamment à des applications de maintenance prédictive ?
CR : « Plusieurs industries ont déjà démontré que l’exploitation des données des capteurs, ça fonctionne. Aujourd’hui, dans l’automobile, ça existe. Les données sont enregistrées dans les calculateurs, et sont lues et analysées par l’outil de diagnostic lors de la révision du véhicule.
En termes de transfert de données issues des capteurs du véhicule, le minimum que l’on peut remonter, c’est le kilométrage de la voiture. Dans cette optique de services, on peut alerter le client sur MyPeugeot ou MyCitroen qu’il s’approche d’une échéance de maintenance et qu’il doit penser à aller faire son entretien. LA cible pour nous, qui intéresse à la fois le client et à la fois le constructeur, c’est pouvoir avec des données d’usage du véhicule en situation. Rien de tel pour un concepteur R&D de pouvoir voir l’usage du véhicule au travers des données qui pourraient être remontée par la vingtaine / trentaine de calculateurs qui sont dans chaque véhicule. Pour parvenir à cela, cela implique que l’on mette en place une plateforme Big Data, il faut que le véhicule soit connecté dans le Cloud avec tout ce que cela implique d’un point de vue sécurité… dès qu’un véhicule est connecté sur Internet, il devient potentiellement une cible pour les gens mal intentionnés. C’est un véritable challenge technologique. »

« Pour le client, cette approche nous permettra de l’alerter en cas de défaillance et pour le réseau c’est un changement de métier, être plus proactifs, appeler le client avant que ce soit lui qui doive venir. C’est une transformation profonde du métier. C’est, avec la révolution numérique un vrai changement de métier pour le réseau, ne serait-ce que pour vendre un véhicule connecté. La voiture reste perçue comme un objet et non un service donc pour nous, l’enjeu est de savoir si on veut être opérateur de mobilité. Avec Mu by Peugeot et Citroën Multicity connect, nos marques cherchent à se positionner comme opérateurs de mobilité. »

Jusqu’où pouvez-vous aller en termes de protection de la vie privée avec ce type d’applications ?

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L’exploitation des données de géolocalisation est très encadrée en France, ce dont doit tenir compte PSA, mais qui embarrasse beaucoup moins les acteurs de la Silicon Valley.

CR :  » La question du respect de la vie privée est quelque chose que l’on prend très au sérieux. Ce n’est d’ailleurs pas toujours qu’une question d’anonymisation. Par exemple, le stockage de la vitesse n’est pas autorisé en France. Or si vous ne stockez pas la vitesse, cela va limiter un certain nombre de services potentiels. On essaye de négocier pour définir dans quels cas on pourrait stocker la vitesse, notamment en cas de dépassement de la vitesse autorisée. Même anonymisée, lorsqu’un client dépasse régulièrement les 130 km/h sur autoroute… C’est l’une des contraintes avec lesquelles nous devons jouer, sachant que les contraintes ne sont pas homogènes d’un pays à l’autre. Lorsque vous cherchez à être une entreprise mondiale, c’est une vraie contrainte. L’autre élément, c’est que tout le monde ne joue pas dans la même cour. Si vous activez la géolocalisation sur votre smartphone, vous pouvez constater sur Google Maps que Google conserve un historique assez long de l’ensemble de vos déplacements. Google se permet probablement de jouer avec la ligne plus que nous. »
« C’est un équilibre à trouver. Je pense que si ça présente de la valeur pour le client, il faudrait que l’on puisse assouplir la législation. Si cela apporte de la sécurité, procure de la satisfaction au client, pourquoi s’en priver ? »

Où en sont les projets d’App Store PSA ?

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Le projet « Car Easy Apps » de plateforme logicielles pour les apps de PSA devrait aboutir d’ici à 2016.

CR :  » Les 208, 308 et la 508 disposent d’un écran tactile qui peut être connecté à Internet, et ils donnent accès à un portail d’applications dont la vocation est de faciliter le trajet. On y retrouve des applications très classiques comme Coyote, des applications de parking, des applications Pagesjaunes. C’est un écosystème de partenaires qui sont développeurs d’applications à qui on impose une ergonomie compatible avec la conduite du véhicule. Notre valeur ajoutée, par rapport à un constructeur de smartphone, c’est que notre interface doit passer les normes de « user distraction », ce qui veut dire que ces applications doivent être parfaitement intégrées à l’environnement de la voiture. Lorsque je suis sur Pagesjaunes, que j’ai trouvé un restaurant où je compte passer la soirée, je transmets automatiquement ses coordonnées au système de navigation sans avoir à taper l’adresse. C’est la grande force de l’intégration de notre portail d’applications. »
« L’intérêt pour nous est de nous associer aux développeurs d’applications pour qu’ils puissent développer leurs services. Pour l’instant, nous n’avons pas d’App store proprement dit, mais nous avons cette ambition. »

 

Propos recueillis lors de l’inauguration du Lab’Innovation Capgemini, le 26 novembre 2014

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