Rafi Haladjian, Sen.se : « Ce ne sont pas les objets qui comptent, ce sont les usages »

Rafi-Haladjian-Sense-lors-des-Techdays-2014Microsoft a invité sur la scène des Techdays 2014 le génial Rafi Haladjian, précurseur d’Internet en France et surtout précurseur des objets connectés. Son célèbre lapin connecté Nabaztag a été commercialisé en 2005. Depuis, Rafi a crée Sen.se, la société qui commercialise le Mother, un concept qui va au-delà du “simple” objet connecté. Visionnaire, joue une nouvelle fois à plusieurs coups d’avance sur le marché. Il pense déjà au moment où les gens disposeront de dizaines, voire de centaines d’objets connectés à leur domicile, sur eux. Comment vivre avec eux, comment vivre parmi eux ? Rafi Haladjian évoque sa vision de notre vie du futur. Une vie hyper-connectée où nous serons environnés de centaines d’objets connectés.

« On a décidé de faire quelque chose qui frappe les esprits »

NABAZTAG

Nabaztag, un objet connecté hors du commun, commercialisé en 2005

Interrogé par Bernard Ourghanlian, directeur technique et sécurité de Microsoft France, Rafi Haladjian, le créateur du Nabaztag et de Mother retrace ce qui l’a conduit à défricher le marché des objets connectés dès le début des années 2000 : « Il y a 10 ans, on s’est posé la question de savoir s’il y avait une vie après le PC. Est-ce que le PC était la fin de l’histoire avec toutes nos interactions passant par lui ? On s’est dit qu’il n’y avait pas de raison à cela. Toutes les technologies était là, avec de la technologie dans toutes sortes d’objet. Tous les objets qui nous entourent allaient finir avoir le moyen de se connecter à un réseau. Comme on voulait montrer que absolument tout est connectable, on a décidé de faire quelque chose qui frappe les esprits, c’est-à-dire connecter les lapins, selon l’adage qui dit que qui connecte un œuf, connecte un bœuf ! C’est souvent par des choses incongrues qu’on frappe plus l’imagination que si on avait fait un truc à la con comme un frigo connecté. C’était il y a dix ans et on a montré que les choses étaient connectables, que c’était une évidence. La suite a montré qu’on avait raison. »

« Si on a 50 objets connectés, on ne peut pas supporter qu’ils soient tous cons ! »

« La question qu’on s’est posé après, il y a 4 ou 5 ans quand on a démarré Sen.se, c’est de savoir comment ça “scale” ? En gros, si ce que l’on appelle l’Internet des objets est l’étape après le Web qu’on a connu dans les années 90, ou l’Internet mobile des années 2000/2010, ça veut dire que les gens ne vont pas avoir 3, 4, 5 gadgets de plus à la maison, mais de la même manière qu’il y a plein de sites Web, l’applications,  d’entreprises à qui cela va profiter, on a avoir 50, 100, 200, 1000 objets connectés chez soi. La question, c’est qu’est-ce que ça change, comment on parvient à un monde où on a autant d’objets connectés dans sa vie ? Ca change beaucoup de choses. Les choses qui étaient acceptables quand on avait juste un PC, un téléphone, un traqueur d’activité et une console de jeu. Je veux bien avoir une routine qui m’oblige à charger la batterie tous les jours, je veux bien faire l’effort de savoir comment chaque truc fonctionne. Même s’il est très simple, chaque objet à sa propre logique. Je veux bien passer un peu de temps à programmer le truc pour donner l’heure à laquelle il faut arroser le jardin, activer ou désactiver l’alarme, etc. Mais toutes ces choses là ne passent pas à l’échelle. Si on a 50 objets, on ne va pas le faire. Si on a 50 objets, on ne peut pas supporter qu’ils soient tous cons, qu’ils soient tous des télécommandes ou des perroquets, qu’ils ne soient que des répéteurs d’information ou un prolongement de mon bras pour appuyer sur un bouton sans lever mon cul ! Ce n’est pas ça la valeur ajoutée de l’objet connecté qui doit se fondre dans notre vie. »

« Les objets connectés doivent se fondre dans la vie des gens »

Le Sen.se Mother

Mother, un objet connecté de nouvelle génération

« Finalement, ce ne sont pas les objets qu’on va connecter, c’est la vie des gens. La chose la plus difficile, c’est changer les habitudes des gens. C’est beaucoup plus difficile que de mettre du Bluetooth dans un objet. Comment faire pour se fondre dans leurs habitudes, faire que l’interaction pour  mesurer le sommeil, c’est mettre son pyjama et se coucher. Qu’on prenne sa brosse à dent ordinaire, etc. Evidemment ça casse un peu l’imagine futuristique à la Minority Report où pour dire à la machine “Allume la lumière et met le chauffage” je dois faire du langage de sourd-muet. Ce n’est pas ça ! »

« Nos vies vont être extrêmement banales et c’est ça qu’on essaye de faire avec Sen.se et avec Mother. C’est-à-dire imaginer des capteurs qui soient polyvalents, que les gens placent dans leur vie de tous les jours, sur des objets qu’ils ont déjà. Ils n’ont pas une brosse à dent connectée, ils prennent une brosse à dent en plastique, mais avec des capteurs versatile. La réalité, c’est que, sauf si on a des maladies graves, ou on est grand sportif, on n’a pas des besoins réellement récurrents. C’est le début de l’année, vous allez décider, comme tout le monde prendre de bonnes résolutions de début d’année et arrêter le scooter et marcher. Vous allez prendre votre cookie et le transformer en podomètre, le mettre dans votre poche et pendant 3 semaines, 3 mois, il va compter vos pas, les calories brulées, etc. En avril, vous allez vous rendre compte que le scooter, c’est vachement utile, vous allez réutiliser ce même cookie en le reprogrammant pour la boite de médicaments de la grand-mère pour vérifier qu’elle n’oublie jamais de prendre ses médicaments. »

« Ce ne sont pas les objets qui comptent, ce sont les usages »

Sense-Mother-cookies« Plus généralement, la question qu’on nous pose souvent, c’est quoi les objets du futur ? Ce ne sont pas les objets qui comptent, ce sont les usages. L’enjeu, c’est de trouver la killer app de demain. Et il n’y a qu’une seule façon de trouver les killer apps, c’est d’essayer un million de trucs. Sur un million de choses, il y en aura une qui sera géniale, 100 qui seront formidables et le reste sera à recommencer. Le problème c’est que ça, ça ne fonctionne pas avec le hardware. Il faut 18 mois pour concevoir un hardware, 18 mois pour le faire parvenir entre les mains des gens… ce n’est pas la durée des cycles auquel on avait été habitué avec le soft où on développe un petit truc et de plus en plus on le jette dans les mains des gens, ils jouent avec, on le fait évoluer. C’est une façon beaucoup plus efficace d’imaginer le futur que de faire un hardware dédié et si ça ne marche pas, on recommence dans 18 mois. »

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