La F1 peut-elle se passer de ses souffleries ?

Red-Bull-Racing-F1-WindtunnelEcuries à court de sponsors, explosion du coût des moteurs, de l’électronique, la Formule 1 cherche les moyens de réduire ses coûts afin de conserver un plateau suffisant pour remplir les gradins des circuits et surtout qui justifie les coûts télévisuels exorbitants de la discipline.

Parmi les pistes avancées par le groupe stratégique de la F1 qui réfléchit actuellement à l’avenir de ce sport, l’interdiction des essais en soufflerie. La simulation numérique viendrait se substituer aux coûteuses souffleries qui grèvent le budget des grandes équipes.

Le passage à l’hybride a a fait exploser les coûts

L’arrivée, voici 2 saisons des propulseurs hybrides en Formule 1 a entraîné une explosion des coûts pour les écuries. Le coût moyen des moteurs pour une saison complète est passé de 8 millions d’euros pour une saison à une fourchette de 15 à 20 millions. Un poids devenu insurmontable pour les petites écuries alors que les sponsors désertent la discipline depuis la dernière crise financière.

Williams F1Le groupe stratégique de la formule 1 qui réfléchit à l’avenir de la discipline étudie diverses pistes pour réduire les coûts.  Diverses mesures devraient être présentées au conseil de la FIA qui va se tenir le 30 septembre 2015 à Paris. Parmi les mesures qui seront abordées, une réduction du prix des moteurs à 8 millions d’euros par année, un prix maximum pour les boites de vitesse de 2 millions d’euros, etc.

La mesure choc qui sera discutée au siège de la FIA portera sur l’aérodynamique : le groupe stratégique proposera une suppression des tests en soufflerie au profit de la simulation. Actuellement, toutes les écuries ont recours à ces coûteux essais qui imposent de construire des maquettes à 60% des voitures, les écuries historiques possèdent toutes leurs propres installations. En amont, les écuries disposent de supercalculateurs avec lesquelles elles testent des centaines de configuration avant de sélectionner celles qui semblent les plus prometteuses. Actuellement, tant les essais en soufflerie que les calculs sur ordinateurs sont plafonnés. Les écuries ne peuvent utiliser des calculateurs dont la puissance dépasse 25 TeraFlops. Un plafond qui a déjà été réduit à plusieurs reprises.

L’arrêt des souffleries est prévisible, mais quand ?

wind-tunnel_HotSpot fullLa proposition du groupe stratégique est tout autre. Il s’agira d’interdire tout recours aux souffleries traditionnelles pour n’autoriser plus que la simulation numérique, c’est à dire les calculs de mécanique des fluides (CFD). Eric Boullier, le patron de l’équipe McLaren milite dans ce sens et le sujet a été évoqué lors de l’une des conférences de presse qui précède le grand prix du Japon qui se tient se Week-end à Suzuka. Interrogé sur la faisabilité de l’abandon des souffleries, Jonathan Neale, directeur des opération de  McLaren, a souligné : «  Je pense que la réponse est que c’est possible. Une évolution vers une utilisation des supercalculateurs, des logiciels de simulations CFD et de capteurs sur les voitures qui dépassera celle des souffleries est la direction que nous avons prise et c’est ce qui est en train de se passer. »

Jonathan Neale se montre donc assez sûr de lui et prêt à se passer de sa soufflerie assez rapidement. Pourtant, le risque de voir les performances chuter est réel. Quand, en 2010 , Richard Branson décide de créer l’équipe Virgin F1, sa première voiture, la VR-01, est conçue uniquement via la simulation numérique. Ce fut un échec et les voitures n’étaient pas du tout compétitives et l’écurie devra louer la soufflerie de McLaren a partir de 2012 pour essayer de progresser. Encore aujourd’hui les écuries testent l’aérodynamique de leurs voitures en piste, pendant l’hiver. Celles-ci sont alors bardées de capteurs pour vérifier que ce qui a été calculé, puis longuement testé en soufflerie, présente bien les qualités attendues sur la piste. Preuve s’il en est que l’efficacité du « tout numérique » reste encore bien incertaine.

Williams F1 2Paddy Lowe, l’actuel directeur technique de l’écurie Mercedes s’est montré beaucoup moins enthousiaste à l’idée de fermer sa soufflerie : « je pense qu’un jour viendra où nous arrêterons d’utiliser les souffleries de nous mêmes car les nouvelles technologies leur seront supérieures. Je pense que c’est encore lointain, de plusieurs années. Pour l’heure, le CFD est un bon complément des tests en soufflerie mais seulement s’il peut être recalibré par rapport à la soufflerie. »

Si la suppression des essais en soufflerie au profit du calcul intensif va certainement dans le sens de l’histoire, il n’est pas du tout certain que les aérodynamiciens soient aujourd’hui prêts à s’en passer. Paddy Lowe évoque notamment des phénomènes d’instabilité à haute vitesse difficiles à modéliser sur ordinateurs. L’argument de la sécurité pourrait bien sauver les souffleries, pour l’instant.

Le plan d’économie présenté à la FIA devrait permettre à la discipline d’économiser de 20 à 25 millions d’euros par saison.

Sources :

« FIA Friday press conference – Japan », Site Formula1, 25 septembre 2015

« Windtunnels could become ‘obsolete’ in F1 if teams update CFD », Autosport, 20 septembre 2015

« Formula 1 plans engine deal cost cap and ban on windtunnel use », Autosport, 18 septembre 2015

Commentaires Facebook
Twitter Facebook Plusone Pinterest Linkedin
Ce contenu a été publié dans Non classé, avec comme mot(s)-clé(s) , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.