Little Bird, l’hélicoptère autonome de Boeing va défier les hackers

Boeing-ULBLittle Bird, ou plus précisement ULB pour Unmanned Little Bird, c’est le démonstrateur d’hélicoptère sans pilote mis au point par Boeing. Celui-ci a pris l’air pour la première fois en septembre 2004 et a accumulé 500 heures de vol à ce jour. Un succès pour Boeing en matière de robotisation, mais aujourd’hui ce petit hélicoptère va se voir assigner une nouvelle mission : défier les hackers. Celui-ci va être équipé d’un tout nouveau système embarqué sous Linux, un système qui se veut inattaquable, le fruit d’un énorme projet de recherche en matière de sécurisation des logiciels embarqués de la Darpa, le projet HACMS.

HACMS, un projet de sécurisation du logiciel embarqué de plus de 50 millions de dollars

Un hélicoptère et une voiture devrait être équipés du logiciel incassable de la DARPA d'ici 2017.

Un hélicoptère et une voiture devrait être équipés du logiciel « incassable » de la DARPA d’ici 2017.

High-Assurance Cyber Military Systems (HACMS) est l’un des grands projets de recherche financé par la Darpa.  Le fond de recherche de l’armée américaine compte injecter entre 50 et 80 millions de dollars non pas pour créer une armé, mais un logiciel embarqué pour drone. Les 3 phases de 18 mois du projet mobilisent une centaine de chercheurs en pointe dans le domaine de l’embarqué depuis 2012. L’idée du HACMS n’est pas de sécuriser le système embarqué du drone avec un quelconque firewall qui sera, un jour ou l’autre contourné, mais créer un code réellement inattaquable. Un code totalement dénué de faille de sécurité dès sa mise en service voila de quoi laisser songeur quand on voit la pluie des failles de sécurité des logiciels commerciaux actuels ou même des systèmes industriels SCADA.

L’objectif du projet HACMS est de produire le code embarqué d’un drone totalement inattaquable non pas du point de vue d’experts en sécurité, mais du point de vue mathématique.C’est ce qu’on appelle la validation formelle du code. Une démonstration purement mathématique du code source qui permet de s’assurer  que celui-ci ne contient aucun bug, qu’aucune fuite de mémoire n’amènera à un plantage du système et plongera le drone vers le sol.

La génération de code automatique privilégiée par les chercheurs

Un petit quadcopter a déjà été doté d'un logiciel ultra-sécurisé issu de HACMS. Avec succès, selon les membres du projet.

Un drone quadcopter a été doté avec succès d’un logiciel ultra-sécurisé issu de HACMS.

Et comme même la meilleure équipe de développeurs ne peut réaliser un tel sans faute sur le développement d’un OS embarqué complet et du logiciel de pilotage automatique, le projet HACMS préfère la solution des langages dédiés (Domain specific language) couplés à des générateurs de code automatique. Les Embedded DSL sont des langages spécifiquement créés pour un domaine précis. Dans le cadre du HACMS, deux langages ont été créés : Ivory, un EDSL open-source qui permet de créer le logiciel embarqué de bas niveau, et le langage Tower est de plus haut niveau : il permet au développeur de définir les tâches que va devoir réaliser l’application, connecter les tâches entre elles. De ces applications, le générateur de code génère le code source en langage C qui va être compilé et installé dans le contrôleur du drone.

Les chercheurs du HASCMS ont ainsi créé un micro-noyau Linux dont la sécurité a été validée mathématiquement qui a été publié en Open Source. Ce noyau Linux va motoriser le Little Bird de Boeing. AH-6 CockpitIl a déjà fait ses preuves dans un premier drone, le SMACCMCopter. Un logiciel que Galois Inc., la startup chargée du développement, a déjà placé sur GitHub et qui est ainsi librement téléchargeable et utilisable par tous les constructeurs de drones. Ce petit quadcopter a déjà été présenté au Pentagone en mai 2014 et le travail sur les logiciels du Little Bird a commencé, l’objectif étant de faire voler l’hélicoptère « 100% incassable » avant 2017.

Tout l’intérêt de cette recherche, c’est que si elle intéresse bien évidemment les militaires qui veulent « blinder » leurs drones pour éviter un éventuel détournement, les applications sont multiples. Le projet inclut notamment d’équiper une voiture d’une telle informatique embarqué. Peut-être bien que les voitures autonomes de demain disposerons du même noyau linux que le prochain Little Bird de Boeing.

 

Sources :

« Pentagon on Path to Launch Hacker-Proof Boeing Drone by 2018 », NextGov, 11 mars 2015

« DARPA Unveils Hack-Proof Drone », DefenseTech, 21 mai 2014

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