Calcul intensif : Les Etats-Unis décrètent un embargo sur la Chine

tianhe-2Les Etats-Unis viennent de placer 4 centres de recherche chinois sur leur « blacklist ». Les constructeurs de composants dédiés au calcul intensif ont désormais interdiction d’exporter leurs puces à destination de ces centres de recherche. Les Etats-Unis veulent freiner les chercheurs chinois dont les supercalculateurs, tout comme les nôtres, sont exploités pour simuler les explosions des armes nucléaires. La Chine pourra tenter de contourner cet embargo, mais il ne faut aucun doute que l’empire du milieu va redoubler d’effort pour développer ses propres puces et accéder à son indépendance en termes de puissance de calcul.

Le ministère du commerce américain refuse les licences d’export à Intel

L’information a été confirmée par Intel voici quelques jours auprès de HPCwire. Cet été, le ministère du commerce américain a signifié à l’industriel qu’il devait demander une licence d’exportation pour expédier ses puces Xeon et Xeon Phi à Inspur, constructeur de supercalculateurs chinois. C’est ce constructeur qui avait construit le Tianhe-2 pour le centre de calcul de Guangzhou. Une machine exploitée par l’Université nationale de technologie de la défense chinoise. La licence d’exportation ayant été refusée par le ministère du commerce, Intel a du annuler l’expédition de ses puces.

Tianhe-2

Tianhe-2, le supercalculateur le plus puissant au monde s’appuie
sur des puces Intel Xeon et accélérateurs Xeon Phi (Photo: Inspur).

Sur le papier, il ne semble pas très compliqué pour la Chine ne contourner cet embargo et faire acheter ces Xeon et Xeon Phi par des pays amis ou des entreprises moins connotées recherche nucléaire. Un problème toutefois, le nombre de puces requises pour constituer un calculateur de la classe d’un Tianhe. Tianhe-2 compte 3,12 million de coeurs dans ses armoires. Les concepteurs de supercalculateurs optent pour les CPU les plus puissants, avec le plus grand nombre de coeurs possibles pour bénéficier du meilleur rapport puissance/consommation électrique, une donnée clé dans la conception d’un supercalculateur. Des puces commercialisées à plusieurs milliers de dollars pièce. Il va être très compliqué pour les militaires chinois de s’approvisionner en puces Intel, AMD ou NVidia à une très large échelle sans déclencher d’alarmes sur les serveurs de la NSA.

Un embargo qui pourrait bien pousser la Chine à relancer sa filière microprocesseur

Loongson

Ni les microprocesseurs Loongson, ni les ShenWei,
ne peuvent rivaliser avec la puissance des Xeon haut de gamme d’Intel.

Autre piste poursuivie par la Chine, produire ses propres puces. Le Jiāngnán Computing Lab conçoit des puces pour le calcul intensif depuis de nombreuses années. La dernière puce connue sortie de ses labo est le ShenWei SW1600, une puce RISC 64 bits 16 coeurs. Dévoilée en 2010, celle-ci affiche une performance de 140,8 GFlops. Elle motorise le Sunway BlueLight du centre de calcul de Jinan. Une machine qui affiche 795,9 Tflops sur la balance, avec 137.200 coeurs de calcul, ce qui lui vaut la 65ieme place au classement mondial des calculateurs. Depuis 2010, aucune nouveau modèle de ShenWei n’a émergé.  La Chine a-t-elle abandonné le développement d’une puce dont on dit que l’architecture est inspirée du Dec Alpha ? Le microprocesseur chinois le plus moderne connu en occident est le Godson-3B 1500 de Loonson, une puce 8 coeurs d’architecture MIPS64 qui a été dévoilée en 2013. Looson assure une puissance de 192 GFlops pour sa puce. Un Xeon Phi, qui équipent le Tianhe-2 affiche 1 TFlops (1.000 GFlops) à lui seul…

Sources :

« Four Chinese Supercomputing Orgs Named on US Blacklist », HPCwire, 8 avril 2015

« Uncle Sam Shocks Intel With a Ban on Xeon Supercomputers in China », VRworld, 7 avril 2015

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