Laval Virtual 2015 : Ces intelligences artificielles qui soignent les humains

SimCoach-Bill-FordCertains se souviennent peut-être d’Eliza, un petit robot logiciel avec lequel on pouvait échanger quelques phrases en mode texte. Avec ses questions pré-programmées et son lot d’expression toutes faites comme « Je comprends », ce logiciel créé dans les années 60 et qui ne comptait que quelques centaines de lignes de code arrivait à se faire passer pour un psy auquel on pouvait se confier librement.

Depuis, la technologie a bien évolué et cette approche a été reprise par de nombreux chercheurs, notamment aux Etats-Unis, qui ont mis au points plusieurs générations d’avatars. Ceux-ci sont utilisés dans le cadre du eLearning mais uniquement. Certains jouent le rôle du psy d’Eliza notamment pour l’Armée américaine. Albert “Skip” Rizzo, un pionnier des mondes virtuels était à Laval cette année pour faire le point sur l’état de l’art de ces « psys » de synthèse.

Des thérapies à base de mondes virtuels créés dès la fin des années 90

Cela peut apparaître assez surprenant, mais en dépit de la qualité graphique très basique des premiers mondes virtuels avec les animations très « robotiques » des premiers personnages de synthèse, l’impact sur la personne qui se retrouve plongée dans un univers immersif avec des lunettes de réalité virtuelle est bien réel. C’est une technique qui a notamment été utilisée dans le cadre du traitement des phobies depuis la fin des années 90.

Une simulation créée par Sue Cobb de l'Université de Nottingham à destination des autistes.

Une simulation créée par Sue Cobb de l’Université de Nottingham à destination des autistes.

Ainsi, en 1999, la simulation « Fear of Flying » confrontait le patient à sa peur de prendre l’avion. Depuis l’enregistrement, l’embarquement et le vol, le patient pouvait vivre virtuellement toutes les phases du voyage en avion sans quitter le sol. Un moyen de prendre confiance avant d’être confronté à la situation réelle. Depuis, cette simulation a été développée jusqu’à un très haut niveau de réalisme. On peut même aller boire un verre dans un des bars/restaurants de l’aérogare en attendant son vol. La technique a été aussi utilisée pour aider les gens à parler en public ou même enseigner quelques comportement sociaux à des autistes.

Faire face à sa phobie sans courir aucun danger, c’est une piste offerte par la réalité virtuelle. Peur des araignées, des serpents, agoraphobie, claustrophobie et même peur du vide, de nombreux mondes virtuels ont ainsi été créés pour lutter contre les phobies en y confrontant les patients virtuellement. A partir de 1999, « Skip » Rizzo a ainsi travaillé sur une salle de classe virtuelle saisissante de réalisme dans le cadre de al lutte contre le déficit d’attention des élèves atteints d’hyperactivité.

Des agents virtuels interagissent de manière réaliste avec les humains

Karen, une patiente du Virtual Patient Lab.

Karen, une patiente du Virtual Patient Lab.

Si les mondes virtuels trouvent des applications pour dépister des troubles chez les enfants, traiter des phobies et être mis à profit dans le cadre de rééducation de malades, l’interaction avec des personnages de synthèse est une piste intéressante. C’est notamment un moyen de former des médecins au dépistage de certaines troubles mentaux ou encore diagnostiquer des maladies rares. L’institut for Creative Technologies de l’Université de Californie du Sud a ainsi créé le Virtual Patient Lab. Les psychologues pouvaient interroger librement une adolescente de synthèse victime de violences sexuelles. L’expérience a montré que les médecins tenaient la même conversation qu’avec une patiente réelle. Dans le projet Virtual Ebola lancé en 2013, les médecins se sont retrouvé confrontés à toute une série de patients virtuels avec lesquels ils devaient interagir pour diagnostiquer s’ils étaient atteint ou pas du terrible virus. Un outil efficace pour former très rapidement un grand nombre de médecin en cas de début d’épidémie.

L’armée américaine en pointe sur les agents virtuels

Sauriez-vous négocier avec Elder Al Hassan et le Dr Perez le déplacement de leur hôpital en zone sécurisée ?

Sauriez-vous négocier avec Elder Al Hassan et le Dr Perez le déplacement de leur hôpital en zone sécurisée ?

Mais si un agent intelligent, une intelligence artificielle peut former des médecins, elle peut aussi interagir avec des malades si ce n’est pour diagnostiquer directement des maladies, au moins conseiller le patient. C’est une piste qui est très sérieusement suivie par l’armée américaine depuis des années. Car outre le recours aux mondes virtuels pour simuler des opérations aériennes, terrestre, navales, elle utilise des agents virtuels pour former ses soldats en opération en Irak et aujourd’hui en Afghanistan à dialoguer avec les populations locales. Le projet SASO-EN a ainsi donné naissances aux personnages fictifs du Dr PErez et à Elder Al Hassan, deux agents intelligents avec lesquels le soldat doit négocier le déménagement de leur hôpital. Un discours naturel face à des personnages bien décidés à ne pas céder à un soldat américain.

Albert “Skip” Rizzo lors de sa présentation sur la VRIC (Virtual Reality International Conference) à Laval.

Albert “Skip” Rizzo lors de sa présentation sur la VRIC (Virtual Reality International Conference) lors de Laval Virtual 2015

Ce dernier doit trouver les bons arguments, la bonne attitude pour évacuer l’hôpital, profiter par exemple du bruit d’une fusillade dans le lointain pour les faire changer d’avis. outre la formation, l’armée américaine cherche un moyen de réduire les effets du stress post traumatique qui frapperait 1/5 de ses soldats rentrés au pays. Dans le projet Bravemind, « Skip » Rizzo a cherché à replonger des vétérans dans l’expérience traumatisante qu’ils ont connu lors d’une opération sur le terrain. Embuscade, explosion d’un engin piégé, mort d’un camarade, le soldat est replongé virtuellement dans la situation qu’il a connue. Une confrontation qui, avec l’aide d’un psychologue doit l’aider à surmonter l’épreuve. Le dispositif a été mis en oeuvre dans plus de 50 bases militaires et centres de vétérans aux Etats-Unis. Une évolution de BraveMind est à l’étude. Le dispositif STRIVE (Stress Resilience in Virtual Environments) doit être utilisé avant que le soldat soit envoyé en zone de combat. On va virtuellement lui faire vivre les épreuves les plus dures qu’il sera amené à rencontrer sur le terrain. Un avatar le seconde dans sa mission, lui explique ses réactions, répond à ses questions.

L'agent intelligent SimSensei analyse les propos de son interlocuteur, mais aussi l'ensemble de son langage corporel.

L’agent intelligent SimSensei analyse les propos de son interlocuteur, mais aussi l’ensemble de son langage corporel.

Si les jeux ont fait faire des progrès considérables en termes de graphisme et de réalisme aux univers virtuels, l’intelligence sociale des avatars mis au point par les chercheurs progresse de manière impressionnante. Les avatars comprennent et parle un langage naturel de moins en moins artificiel, leur communication gestuelle vient opportunément appuyer leurs propos. Pour affûter ses réponses, l’avatar SimSensei utilise  une approche MultiSense pour analyser le discours de la personne face à elle, ou plutôt face à son écran. SimSensei a ainsi besoin d’une Kinect pour voir l’attitude de la personne : comment est-elle assise, quels sont les mouvements de ses bras, de ses mains. Elle analyse aussi l’expression faciale et le regard de la personne. Est-elle souriante, fronce-t-elle les sourcils. L’analyse de l’intonation de la voix lui donne quelques indices supplémentaires sur son humeur. Plus encore qu’à un psy, rien n’échappe à SimSensei.

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