Le projet européen de simulation du cerveau humain au coeur de la polémique

The-Human-Brain-ProjectTous ceux qui ont vu le film « Transcendance » seront frappés par la similitude de scénario. Dans le film, tous les chercheurs américains en intelligence artificielle sont la cible d’un groupe terroriste qui cherche à les empêcher de créer une IA dotée d’une conscience. Ce qui sera bien évidement le cas. Fiction mise à part, c’est le « Human Brain Project », l’un des projets les plus ambitieux actuellement mené en Europe, qui fait l’objet d’une vive polémique. Les neuroscientifiques sont partagés quant à cette initiative de simuler sur un supercalculateur un cerveau humain complet. Contrairement au film, ce n’est pas la naissance d’une conscience informatique qui leur fait le plus peur.

Une puissance informatique colossale requise pour un cerveau de souris. Quant à l’humain…

Le Juqeen, le supercalculateur du centre de recherche de Jülich, en Allemagne est le deuxième plus puissant en Europe d'après le classement TOP500. C'est un IBM BlueGene/Q.

Le Juqeen, le supercalculateur du centre de recherche de Jülich, en Allemagne est le deuxième plus puissant en Europe d’après le classement TOP500. C’est un IBM BlueGene/Q.

C’est le programme de recherche le plus ambitieux jamais mené dans le domaine des neurosciences. The Human Brain Project, c’est 10 ans de recherche, des milliers de chercheurs dans 35 laboratoires et 26 pays impliqués. Ce programme va représenter 7.148 années/hommes de travail, soit un investissement de 1,19 milliard d’euros. Ce programme est composé de 13 projets, dont celui qui est sans nul doute le plus impressionnant : la simulation d’un cerveau humain complet. Dans un premier temps, c’est le cerveau d’une souris qui va être simulé, puis ce sera au tour de l’humain. Pour faire « tourner » ce cerveau virtuel, il faudra mobiliser une puissance informatique colossale. Un supercalculateur n’y suffira pas. Le projet prévoit d’unir la puissance de plusieurs supercalculateurs. Celui du Juqeen, le ‘IBM BlueGene/Q du centre de calcul de Jülich en Allemagne, celui du Swiss Center for Scientific Computing (CSCS), le calculateur du Barcelona Supercomputing Center (BSC Spain) et enfin celui du Consorzio Interuniversitario del Nord Est italiano per il Calcolo Automatico (CINECA Italy). Et encore, il ne s’agit que la phase de « ramp-up » du projet. A terme, pour faire vivre ce cerveau artificiel, il faudra mobiliser l’un des premiers supercalculateurs… lorsqu’il en existera un !

Principal grief contre le HBP : son organisation trop opaque

Cette puissance de calcul parviendra-t-elle a créer une conscience dans ce cerveau virtuel, la question n’est pas véritablement là mais le projet suscite une belle polémique. Un site, Neurofuture.eu et une pétition, sont en ligne. 3 jours après sa mise en ligne, celle-ci a été signée par 517 scientifiques travaillant dans les universités les plus prestigieuses. Ecole Normale Supérieure, INSERM, CNRS, Oxford, Cambridge, le projet TBP provoque un vrai malaise dans la communauté des neuroscientifiques. D’une part, ils s’élèvent contre la composition du comité scientifique du projet qui ne reflète pas la diversité des approches de la neuroscience. Selon le texte de la pétition, nombre de laboratoire auraient refusé de participer du fait de l’étroitesse de l’approche adoptée. La suppression de l’un des sous-projets consacré aux « neurosciences cognitives » aurait annulé, de fait, la participation de 18 laboratoires sans autre forme de débat. Les signataires invitent aujourd’hui la Commission Européenne a démonter la structure trop obscure du HBP et rediriger les fonds vers des projets plus modestes…et donc, de facto, renoncer à simuler un cerveau humain. Sources : « Vassalli: «L’Université de Genève soutient le Human Brain Project» », Tribune de Genève, 9 juillet 2014 « European Effort for Computer-Simulated Brain Draws Fire », The New York Times, 8 juillet 2014 « Mauvaises ondes pour le cerveau virtuel », Le Monde, 8 juillet 2014 « Neuroscientists Object to Europe’s Human Brain Project », MIT Tech Review, 7 juillet 2014  

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