Faut-il peupler la nature de robots pour sauver la biodiversité ?

Robot-beeLa chute des populations d’abeilles n’alarme plus seulement les écologistes, mais les agriculteurs. Ceux-ci se voient désormais contraints de louer des ruches pour assureurs la pollinisation de leurs récoltes. Cette situation a poussé Greenpeace à imaginer une vidéo présentant des abeilles robots, les « New Bee », des robots volants autonomes fonctionnant à l’énergie solaire, capables de polliniser les champs en fonctionnant en essaims. Mieux, ces robots sont même capables d’éliminer les frelons tueurs d’abeilles en les gazant…

Un scénario de science fiction qui prend peu à peu corps dans la réalité. Alors que tous les écosystèmes sont totalement bousculés par l’activité humaine, les chercheurs travaillent très sérieusement à des solutions robotiques pour ce qui peut sauver ce qui peut encore l’être.

10 à 15 années de recherche encore nécessaires pour mettre au point l’abeille robot

La « New Bee » n’existe pas encore, mais les chercheurs d’Harvard mène un projet équivalent, le robobee. Les chercheurs travaillent sur ce nouveau type de MAV (Micro Air Vehicles) et ont déjà mis au point le système de vol, des ailes battant à 120 coups par seconde qui vont pouvoir propulser l’abeille robot. Cette recherche intéresse aussi les militaires et BAE Systems finance la mise au point de ce MAV dont la mise au point pourrait prendre encore entre 10 et 15 ans. Le projet doit en effet faire face à un grand nombre de challenges, en termes d’intelligence artificielle, d’analyse des images, communications sans fil, etc. dans le corps ridiculement petit d’un insecte.

Le projet Robobees de l'université d'Harvard, une abeille inoffensive et bienfaitrice, financé par l'industrie de l'armement.

Le projet Robobees de l’université d’Harvard, une abeille inoffensive et bienfaitrice, financé par l’industrie de d’armement.

L’exemple de l’abeille est emblématique, mais bien d’autres espèces sont menacées, bien d’autres écosystèmes sont déséquilibrés. Des chercheurs explorent divers pistes qui, pour beaucoup, vont se faire hérisser les cheveux sur la tête de tous les écologistes, celles de la biologie synthétique. Wired evoque notamment le travaille d’une étudiante en art du Royal College of Art, Alexandra Daisy Ginsberg. Sa thèse « Designing For the Sixth Extinction » évoque un futur peuplé de créatures et végétaux remodelés par l’homme, avec des dispositifs synthétiques pour aider les plantes à faire face à la désertification, des limaces robots luttant contre l’acidification des sols, d’étranges chenilles artificielles disséminant les grains dans les forêts à la place des animaux, etc.
Au delà de la vision de l’artiste, les scientifiques en biologie synthétique étudient de multiples pistes pour tenter de réparer ou améliorer notre environnement. La communauté des laboratoires qui travaillent sur la question est riche des plus grandes universités mondiales : Boston, Cambridge, Harvard, Georgia Tech, MIT, Stanford, Berkeley, Uppsala, Virginia Tech ou encore le Genopole. L’essentiel des laboratoires travaillent sur les thérapies géniques, mais aussi des projets de recherche relatif à cette « nature augmentée ».

Les manipulations génétiques au secours de l’homme et d’une nouvelle forme de nature

Une limace réparatrice des sols imaginée par Alexandra Daisy Ginsberg.

Une limace réparatrice des sols, telle qu’imaginée par Alexandra Daisy Ginsberg.

Ainsi, à l’occasion d’un événement organisé en 2013 par la Wildlife Conservation Society, une synthèse des recherches et approches possible à été présenté, il est passionnant. Le dossier intitulé « How will synthetic biology and conservation shape the future of nature? » avait été rédigé par Kent H. Redford (Archipelago Consulting et Wildlife Conservation Society), Bill Adams de l’université de Cambridge et Georgina Mace de l’University College of London. Le document évoque ces projets d’insectes cyborg, de poissons robots, d’arbres artificiels basés sur une photosynthèse artificielle, d’extensions pour le cerveau humain ou encore de nanorobots luttant contre nos maladies. Le document explique surtout ce qu’est la biologie de synthèse, l’état de l’art en matière de manipulations génétiques, car sans doute plus que la robotique, ce sont les manipulations de l’ADN, les OGM qui risquent de façonner la nature de demain. Les chercheurs ont identifié 6 principaux champs d’application : les bio-énergies, l’agriculture, la protection et la « réparation » de l’environnement, la création de produit de grande consommation, la production chimique et enfin la santé. Comme le soulignent les chercheurs, cette industrie n’en est encore qu’à ses débuts et va engendrer de vives débats dans les années à venir.

La lutte entre les conservationnistes et écologistes qui souhaitent conserver la nature en l’état et minimiser l’impact de l’homme, face aux chercheurs en biologie synthétique qui veulent en réécrire l’ADN pour l’adapter à la dégradation de notre environnement, ne fait que commencer !

Sources :

« Tiny Flying Robots Are Being Built To Pollinate Crops Instead Of Real Bees », BusinessInsider, 7 juillet 2014

« To Save Our Ecosystems, Will We Have to Design Synthetic Creatures? », Wired, 1 juillet 2014

« BAE Systems Signs Deal on Insect-Sized Robots », NanoWerk, 8 mai 2008

 

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