Supercalculateurs et Cloud Computing : l’art de la guerre, façon 2030

Sun-TzuOn attribue à Sun Tzu la phrase Chaque bataille est gagnée avant qu’elle ne commence », une citation que l’armée américaine veut appliquer au pied de la lettre. Pour déterminer la meilleure stratégie avant de mener une bataille, l’armée américaine s’intéresse beaucoup aux supercalculateurs. Il ne s’agit plus d’utiliser des ordinateurs ultra-puissants pour casser les codes de chiffrement de l’adversaire, ni même se livrer à des simulations numériques de nouvelles armes, mais bien simuler la bataille pour déterminer les meilleures tactiques de combat. Pour y parvenir, l’armée américaine veut se doter d’un supercalculateur deux fois plus puissant que le calculateur le plus puissant actuellement en production. Un « wargame » à 100 petaflop/s !

Les technologies prédictives appliquées au champ de bataille

L’ARL (US Army Research Laboratory) vient de publier un intéressant document, son  « Technical Implementation Plan ». C’est en quelques sorte son plan de développement technologique pour la période 2015-2019. On peut y découvrir les priorités technologiques de l’armée américaines pour les années à venir. Parmi celles-ci quelques pistes plutôt intéressantes à suivre.

Des soldats qui suivent une tactique mise au point par une intelligence artificielle, c'est pour bientôt.

Des soldats qui suivent une tactique mise au point par une intelligence artificielle, c’est pour bientôt.

Parmi les priorité de ARL, ce que les chercheurs militaires appelle le « Tactical High Performance Computing ». C’est un peu le Big Data appliqué aux forces de terrain. En accumulant les données depuis les satellites, avions de reconnaissances, drones et troupes au sol, des algorithmes prédictifs et des techniques d’intelligence artificielle doivent pouvoir guider les soldats sur le terrain et générer en temps réel les tactiques qui permettront aux troupes de d’emporter la bataille. Il est même envisagé de placer un casque EEG (électro-encéphalogramme) sur chaque soldat pour pouvoir mesurer son niveau de stress et donc intégrer cette dimension dans les algorithmes qui vont évaluer les chances de succès de l’attaque.

Cela n’a rien d’une simple vue de l’esprit puisque l’armée américaine veut se doter d’un supercalculateur d’une puissance de 100 Teraflop/s. Actuellement, le calculateur le plus puissant en production dans le monde, c’est le Tianhe-2 chinois et il n’affiche un puissance en pic que de 54 petaflop/s « seulement ». Le supercalculateur n°1 en France, c’est le Pangea de Total Exploration Production qui affiche moins de 2,3 petaflop/s. C’est dire les ambitions de l’armée américaine.

Le Cloud au service du soldat en intervention

Une Cloudlet de reconnaissance faciale telle qu'imaginée par les chercheurs de l'université Carnegie Mellon.

Une Cloudlet de reconnaissance faciale telle qu’imaginée par les chercheurs de l’université Carnegie Mellon.

Ambitions qui ne s’arrêtent bien évidemment pas à la seule tactique. L’ARL avance la notion de Cloudlets, des applications Cloud à la dispositions des soldats sur le terrain. Ainsi, le soldat qui capture un insurgé va pouvoir envoyer une photo de son prisonnier dans le cloud ou un service de reconnaissance faciale va pouvoir lui retourner l’identité de la personne suspectée. Le Software Engineering Institute de l’Université de Carnegie Mellon a déjà travaillé sur cette architecture Cloud en proposant une infrastructure s’appuyant sur des serveurs Linux  Ubuntu et des machines virtuelles qui vont entrer en communications avec les terminaux portables des soldats pour échanger des données.
Outre ces projets en cours de développement, le rapport de l’ARL évoque des pistes de recherche à moyen et long terme. Ainsi, son évoqué des moyens de générer du carburant  directement sur le théâtre d’opération via des  méthodes alternatives, la recherche de nouveaux matériaux que ce soit en matière d’électronique, de stockage de l’énergie ou encore faciliter la manipulation d’agents chimiques, biologiques, nucléaires ou explosifs, l’utilisation de microbes pour générer des composants chimiques, et bien évidemment l’informatique quantique. On connait l’intérêt de la NSA pour les processeurs quantiques qui lui permettait de briser n’importe quel code instantanément, l’armée voit dans cette technologie d’autres applications. La capacité de téléporter des données instantanément et de manière sure l’intéresse, de même que la capacité de calcul des processeur quantique pourrait décupler ses capacités de fusion en temps réel l’ensemble des données collectées par les capteurs sur le champ de bataille.
Sources :

« Army Research Laboratory Technical Implementation Plan 2015 – 2019 »

« Tactical Cloudlets: Moving Cloud Computing to the Edge« , SEI Blog, 10 novembre 2014

« Cloud Computing for the Battlefield« , SEI Blog, 20 juin 2011

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