La Navy renonce à son drone de combat et le transforme en ravitailleur

X-47B (U.S. Navy-photo-by-Liz Wolter)Coup de théâtre. Le Pentagone vient de publier son projet de budget 2017 et il apparaît que le programme de drone de combat UCLASS est abandonné au profit d’un drone de ravitaillement en vol. C’est donc une surprise alors que le X-47B, drone mis au point par Northrop Grumman dans le cadre de ce programme, avait marqué les esprits en étant le premier drone à être catapulté d’un porte-avion en mer le 14 mai 2014. Il avait ensuite réalisé le premier appontage de l’histoire des drones de combat quelques mois plus tard. Volonté de protéger le programme du F-35 dont la dérive n’est toujours pas enrayée ou immaturité du drone d’attaque, le Pentagone n’a pas donné d’explication. L’interview accordée à AviationWeek par Web Bush, le PDG de Northrop Grumman  livre son analyse de la maturité du X-47B.

Le Pentagone a tranché : Plus de drone d’attaque pour la Navy

Le couperet est tombé. Le UCLASS (Unmanned Carrier-Launched Airborne Surveillance and Strike), drone furtif capable de décoller d’un porte-avions pour aller frapper un ennemi de manière autonome, rejoint les oubliettes où reposent déjà tant de prototypes non aboutis. La Navy renonce à son drone et transforme le programme UCLASS en CBARS pour Carrier-Based Aerial-Refueling System.

Appontage X-47B (Photo U.S. Navy photo by Mass-Communication-Specialist-Seaman-Apprentice Alex Millar)

Le 17 août 2014, le X-47B apponte sur le USS Theodore Roosevelt. (Photo: U.S. Navy)

Un avion qui sera donc totalement dédié au ravitaillement en vol des appareils F/A-18 et sans doute un jour le F-35. Le futur CBARS sera donc fort différent du petit X-47B dont la capacité d’emport, 2 tonnes seulement, paraît bien modeste si on la compare à celle d’un F/A-18 Super Hornet qui peut emporter plus de 7 tonnes de réservoirs supplémentaires. Boeing, General Atomics Aeronautical Systems, Lockheed Martin et Northrop Grumman vont devoir revoir leurs copies et créer un drone ravitailleur.

Dans son interview à AviationWeek, le PDG de Northrop Grumman souligne le défit que constitue la mise au point d’un drone embarqué, un appareil qui se déplace dans les 3 dimensions à plusieurs centaines de km/h, par tous les temps et dans un environnement de guerre électronique et, bien évidemment, repérer et attaquer les cibles qui lui sont assignées.

Le PDG de Northrop Grumman reconnaît que beaucoup de code reste à développer

Le premier défi fut l’appontage et les opérations à bord d’une porte avion. En apparence, le X-47B a passé avec succès cette étape, ce qui a valu à Northrop Grumman  le « Collier Trophy ». L’anecdote livrée par Wes Bush veut qu’à l’appontage, le drone frappe très exactement le pont du porte-avion au même endroit, ce qu’un pilote humain serait bien incapable de faire.

X47-B (Photo U.S. Navy)

Le 22 avril 2015, le X-47B réussissait un premier ravitaillement en vol, au large des côtes du Maryland et de Virginie. (Photo U.S. Navy)

La Navy a même dû demander au constructeur de permettre quelques écarts de trajectoire au X-47B de manière à ne pas endommager le pont de porte-avion.

La seconde étape du développement, rendre le drone ravitailleur en vol a été passée en avril dernier. Pour autant, le X-47B est loin d’être un système d’arme. Pour Wes Bush, le prochain défi sera de faire voler le drone dans un contexte de guerre électronique, c’est à dire un environnement où les liaisons radios et capteurs du drones vont être brouillés. Le drone va devoir apprendre à voler sans GPS.

Le PDG de Northrop Grumman souligne que le développement de ces technologies est loin d’être linéaire. Ainsi, en 1974 le logiciel embarqué du premier F-16 ne comptait que 135.000 lignes de code. Le F-35 en comptait 7 million au début de son développement, en 2006  contre 24 millions aujourd’hui. Le message est sibyllin : Beaucoup de code reste à écrire avant de faire du descendant du X-47B une véritable arme de guerre. C’est sans doute pour cela que la Navy va se contenter d’un drone ravitailleur dans un premier temps avant que de vouloir disposer d’un drone de combat prêt au combat.

Sources :

« Opinion: Wes Bush is the CEO of Northrop Grumman : Enormous Challenges For Autonomous Aircraft », AviationWeek, 5 février 2016

« Pentagon budget 2017: USN changes course on UCLASS, will add F-35Cs to 2017 budget », IHS Jane’s 360, 4 février 2016

« Navy’s UCLASS Competition Delayed Until Next Year », DefenseTech, 4 février 2015

« U.S. Navy delays competition for carrier-based drone to FY16 », Reuters, 2 février 2015

 

Commentaires Facebook
Twitter Facebook Plusone Pinterest Linkedin
Ce contenu a été publié dans Aéronautique, avec comme mot(s)-clé(s) . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.