Vol Barcelone-Paris vs drone : un « near miss » qui pose questions

AF-A320Privé du marronnier du survol des centrales nucléaires par les drones, les médias ont fait cette semaine leur choux gras de l’incident qui a vu un Airbus A320 d’Air France frôler un drone lors de son approche vers Roissy le 19 février dernier. L’incident qui, faut-il le rappeler, n’a eu aucune conséquence, voit la communauté des dronistes amateurs mise au banc des accusés, notamment par les professionnels qui, par la voix de la Fédération Professionnelle du Drone Civil, en appellent à un durcissement de la réglementation française vis-à-vis des drones de loisir qui est pourtant l’une des plus avancée au monde.

 

Le BEA a classé ce « near miss » avec un drone comme incident grave

Une courte dépêche publiée par le Bureau Enquête Accident a donc mis le feu aux poudres il y a deux jours. Le copilote du vol Air France Barcelone-Paris déclare avoir repéré un drone sur la trajectoire  de son appareil qui l’aurait obligé à déconnecter le pilote automatique afin d’éviter le drone qui se serait passé que 5 m sous l’aile gauche de l’Airbus A320. L’appareil est alors en phase d’approche à une altitude de 5.500 pieds (1.675 metres), à une vitesse de 220 noeuds (407 km/h). Une rencontre fortuite que le copilote signale immédiatement au commandant de bord ainsi qu’au contrôle aérien et qui fait aujourd’hui l’objet d’un enquête de la part du BEA qui l’a classée comme incident grave. Un article du Monde mentionne que la Gendarmerie a reçu sept signalements de survols illicites autour de l’aéroport Charles de Gaulle pour la totalité de l’année 2015.

 

Devant le déferlement médiatique qui a suivi, les membres de forums des dronistes ont souligné quelques-unes des questions que posent le récit rocambolesque du copilote. Alors que la météo était mauvaise ce jour là, comment aurait-il pu repérer un drone de petite taille suffisamment tôt pour avoir le temps, à plus de 400 km/h, de déconnecter le pilote automatique et effectuer une « ressource souple » permettant à l’avion de passer au-dessus du drone. L’altitude de l’incident est plutôt élevée pour un drone de loisir, bien au-dessus de ce qu’autorise la réglementation mais c’est tout à fait faisable. Youtube regorge de vidéos de pilotes inconscients qui battent des records d’altitude avec des drones de loisir. Un russe revendique ainsi une altitude de 4565 m atteinte avec un DJI Phantom 1 aux batteries boostées en 17 mn de vol et il ne faut que 4 mn de vol vertical pour qu’un DJI Phantom 2 n’atteigne l’altitude de 1.500 m. L’hypothèse d’un drone de loisir ne peut donc être écartée, de même que celle d’un drone plus lourd, plus facilement repérable de loin, et capable de voler suffisamment longtemps pour croiser à cette altitude relativement élevée est plausible.

Cette version du drone « pro », évoquée sur les médias nationaux, qui est bien évidemment remise en cause par les professionnels. Un communiqué de la Fédération Professionnelle du Drone Civil (FPDC) rappelle que tous les professionnels du drone voient le vol de leurs appareil limité à 150 m d’altitude depuis la réglementation de 2012 et que les zones d’approche des aéroports sont bien évidemment interdites à leurs activités sauf procédure spéciale. Pour les professionnels, aucun doute n’est possible, c’est un drone de loisir qui s’est trouvé sur le chemin de cet Airbus et il est désormais urgent de mieux encadrer cette pratique. Le communiqué estime que les centaines de milliers d’utilisateurs de drones de loisirs son générateurs de risques pour les utilisateurs de l’espace aérien mais aussi pour les personnes au sol, les installations sensibles, mais aussi la vie privée de chacun.

Les « pros » veulent nettoyer le ciel des drones de loisir

Autant de risques qui sont déjà couverts par la réglementation actuelle  mais la FPDC semble préférer mettre de l’huile plutôt que d’attendre les conclusions de l’enquête du BEA. La guerre que se livrent les « pros » et les dronistes de loisir connait un nouvel épisode et la FPDC profite de l’incident pour pousser le gouvernement à prendre des mesures dans l’urgence. Le communiqué appelle à une interdiction de la vente de drones de plus de 500 g aux amateurs et brider ces derniers à 50 m d’altitude et 100 m de distance. Bref, impossible d’acheter un drone plus gros qu’un Bebop de Parrot, la « détention » d’un Phantom 3 devenant passible de la loi… les professionnelles profitent ouvertement de l’incident pour rogner les ailes des amateurs qui font peser sur leur business un risque d’uberisation évident.

SkyhawkRC-F900-OctocopterIl est urgent d’attendre les conclusions de l’enquête du BEA. Puisque le copilote semble avoir vu distinctement le drone à l’origine de l’incident, il devait être possible de trancher entre drone de loisir et drone « pro » , mais outre cette guerre de tranchée entre ces deux mondes, l’essor du nombre de drones vendus ne pourra se conclure que par un durcissement de la législation.

L’immatriculation obligatoire des drones au-dessus d’un certain poids, comme elle est entrée en vigueur aux Etats-Unis, n’a de sens que si le drone est détruit ou arraisonné par les forces de l’ordre. Dans le cas de l’incident du vol Barcelone-Paris, cela n’aurait rien changé si bien qu’il est fort probable qu’on n’échappera pas à une obligation d’embarquer un transpondeur de type ADS-B sur les drones afin que ceux-ci apparaissent sur l’écran des contrôleurs aériens. Les industriels travaillent sur des modèles ultra-légers compatibles avec les capacité des drones de moins de 10 kg. On peut imaginer qu’à l’occasion des prochains incidents liés aux drones devrait être un formidable tremplin pour ce type de solutions.

Sources :

« La FPDC attaque ! », Helicomicro, 5 mars 2016

L’incident intervenu à Roissy entre un avion de ligne et un drone renforce l’urgence de mise en place de la future loi sur les drones de loisirs. », Communiqué du FPDC, 5 mars 2016

« Quasi-collision à Roissy », HelicoMicro, 4 mars 2016

« Cinq questions autour de la collision évitée entre un drone et un Airbus d’Air-France », Le Monde, 4 mars 2016

« Incident grave d’un Airbus A320 immatriculé F-GKXT exploité par Air France survenu en vol le 19/02/16 », Communiqué du BEA

« Un transpondeur ADS-B pour identifier les drones dans l’espace aérien », Aerobuzz, 18 décembre 2015

 

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